Histoire des arènes de Séville
La construction de la Plaza de Toros de la Real Maestranza débuta en 1761 sous l'impulsion de la Real Maestranza de Caballería de Sevilla, une institution aristocratique fondée au XVe siècle. Les travaux ne furent entièrement achevés que 120 ans plus tard, en 1881, ce qui explique le mélange de styles architecturaux baroque et néoclassique. Ces arènes furent édifiées pour remplacer les anciennes arènes rectangulaires en bois de la Plaza de San Francisco, devenues obsolètes et dangereuses pour le bon déroulement des corridas.
Construites par étapes successives et sur d'anciennes ruines, les arènes de Séville présentent une forme unique en Espagne : ni parfaitement rondes, ni véritablement ovales, mais plutôt elliptiques et légèrement irrégulières. Cette particularité architecturale est due aux multiples phases de construction et aux contraintes du terrain. Contrairement à la plupart des arènes espagnoles, souvent isolées en périphérie des villes, la Maestranza fait partie intégrante du tissu urbain sévillan : seule sa façade principale, dite "façade Príncipe", donne sur le Guadalquivir et offre une vue dégagée. Les autres côtés sont entièrement intégrés au quartier El Arenal, à quelques minutes à pied de monuments majeurs comme l'Alcazar.

La tauromachie
La tauromachie fait partie intégrante de la vie des Sévillans et des traditions andalouses, au même titre que le flamenco. Autrefois pratiquée à cheval par la noblesse, elle servait d'entraînement pour les chevaliers et s'appelait alors "rejoneo". C'est au XVIIIe siècle que la corrida moderne à pied se développa, avec l'apparition de toreros professionnels issus du peuple.
De nombreux matadors légendaires ont foulé le sable de la Maestranza : Pedro Romero (1754-1839), considéré comme le père de la tauromachie moderne, qui tua plus de 5 000 taureaux sans jamais être blessé ; Juan Belmonte (1892-1962), révolutionnaire de la corrida moderne ; Joselito "El Gallo" (1895-1920), prodige mort tragiquement dans l'arène de Talavera ; et Manolete (1917-1947), icône absolue de la tauromachie espagnole. Séville reste aujourd'hui le temple de la corrida, et torero sans consécration à la Maestranza lors de la Feria de Abril.

Visite des arènes et du musée taurin
La visite des arènes de Séville se fait obligatoirement en visite guidée (incluse dans le billet), ce qui permet d'accéder à des espaces habituellement interdits au public. Le parcours commence par le musée taurin avec ses quatre salles d'exposition retraçant l'histoire de la tauromachie en Espagne. Vous emprunterez ensuite les grands couloirs voûtés menant jusqu'à l'entrée de l'arène, en traversant les différents lieux emblématiques : écuries, chapelle, infirmerie. La visite se termine au cœur même de l'arène, avec une vue imprenable sur ses 116 balcons et les gradins pouvant accueillir 12 000 spectateurs.
Le musée taurin
Le musée est situé en dessous des gradins et se compose de 4 salles d'exposition dévoilant des œuvres d'art qui retracent l'histoire de la tauromachie en Espagne depuis le XVIIIe siècle. Chaque salle est dédiée à une période historique ou à un thème précis : les origines de la tauromachie, l'âge d'or du XVIIIe siècle, les grands matadors du XXe siècle, et la tauromachie contemporaine.

Dans la dernière salle, vous pourrez admirer une collection exceptionnelle d'accessoires ayant appartenu à des matadors légendaires : habits de lumière ("trajes de luces") magnifiquement brodés de soie et d'or, capes ("capotes" et "muletas"), épées, banderilles. Des bustes de taureaux célèbres sont également exposés, notamment celui du premier taureau gracié de l'histoire de la Maestranza pour sa bravoure exceptionnelle. Les habits de lumière sont d'une beauté époustouflante, pesant parfois jusqu'à 15 kg en raison des broderies d'or et d'argent. Des portraits, affiches anciennes et photographies complètent cette collection fascinante.
Les coulisses des arènes
Après le musée, vous emprunterez les couloirs voûtés dont l'architecture remarquable en pierre calcaire date du XVIIIe siècle. Ces passages souterrains vous mènent vers les différents « services » essentiels de l'arène. Vous découvrirez d'abord les écuries où sont préparés les chevaux des picadors avant la corrida.

Puis vient la chapelle, lieu emblématique où les toreros font une dernière prière avant d'affronter le taureau. Cette petite chapelle baroque, décorée d'ex-voto et d'images pieuses, témoigne de la dimension spirituelle et du danger inhérent à la corrida. Vous passerez ensuite devant l'infirmerie, équipée pour les soins d'urgence en cas de blessure grave. Une boucherie ("carnicería") est également présente pour dépecer les taureaux après la corrida, mais elle n'est pas visible lors de la visite.
Le moment clé de la visite arrive lorsque vous atteignez la Puerta del Príncipe, la porte principale par laquelle les toreros entrent dans l'arène. Franchir ce seuil symbolise le passage de l'intimité et du recueillement à l'exposition publique et au danger. C'est par cette même porte que sortent en triomphe les matadors qui ont conquis le public, portés en gloire sur les épaules de leurs admirateurs.
L'arène et ses gradins
C'est au cœur de l'arène que se déroulent les corridas et autres spectacles taurins. Une fois sur la piste de sable ocre ("albero"), vous pourrez admirer l'architecture spectaculaire des 116 balcons reposant sur des colonnes de pierre, ainsi que les différents types de gradins : les "tendidos" (gradins populaires au soleil), les "palcos" (loges privilégiées à l'ombre), et la loge royale richement décorée où siègent les membres de la famille royale lors des grandes corridas. La capacité totale est d'environ 12 000 spectateurs.

Avant d'entrer en piste, les matadors ont pour tradition de saluer la statue de Carmen, l'héroïne de l'opéra célèbre de Georges Bizet. Selon l'intrigue de l'opéra, c'est devant les arènes de Séville que Carmen fut assassinée par son amant jaloux Don José, alors qu'à l'intérieur le torero Escamillo triomphait. Cette statue rappelle le lien profond entre Séville, la tauromachie et la culture romantique espagnole. La vue depuis le sable de l'arène est saisissante : on comprend mieux l'intensité de l'expérience vécue par les toreros face à la foule et au taureau.

Quand voir une corrida à Séville ?
Chaque année, la saison taurine débute le dimanche de Pâques avec l'une des corridas les plus prestigieuses d'Espagne : la Corrida del Domingo de Resurrección. Puis, durant la Feria de Abril (fin avril), les arènes accueillent une corrida quotidienne pendant deux semaines, attirant les plus grands matadors du monde. Tout au long de la saison (avril à octobre), la Maestranza est le théâtre de spectacles taurins impressionnants, notamment lors des corridas d'été et des festivités locales. La saison se termine traditionnellement en octobre avec une dernière corrida lors de la fête de la Vierge du Pilar (12 octobre), patronne de l'Espagne.

Informations pratiques pour visiter les arènes de Séville
Horaires d'ouverture
Les arènes de la Maestranza sont ouvertes tous les jours de 9h30 à 21h00. La dernière entrée se fait à 20h00. Attention : les arènes sont fermées les jours de corrida, particulièrement durant la Feria de Abril (fin avril) et la saison taurine (avril à octobre). Consultez le calendrier des corridas sur le site officiel avant votre visite pour éviter les déceptions.
Tarifs et réservation
Le tarif général est de 10€ et inclut la visite guidée obligatoire ainsi que l'accès au musée taurin. Le tarif réduit de 7€ s'applique aux étudiants, seniors (+65 ans) et groupes. Les enfants de moins de 12 ans entrent gratuitement. La réservation en ligne est fortement recommandée en haute saison pour garantir votre créneau et éviter la file d'attente aux guichets.
Localisation et accès
Les arènes se situent au Paseo de Cristóbal Colón, 12, dans le quartier El Arenal, en bord de Guadalquivir. Depuis la Cathédrale ou l'Alcazar, comptez 15 minutes à pied en longeant le fleuve vers le nord. En transport : tramway T1 (arrêt "Archivo de Indias"), bus lignes 3, 21, 40, 41, C3 et C4. Station de vélos Sevici à proximité. Coordonnées GPS : 37.3857, -5.9969.
Durée et déroulement de la visite
Comptez 1h à 1h30 pour la visite complète. La visite guidée est obligatoire (incluse dans le billet) et dure environ 45 minutes. Elle vous fait découvrir l'arène, les gradins, la porte Príncipe, la chapelle des toreros, l'infirmerie et les écuries. Ajoutez 30 minutes pour explorer le musée taurin avec ses costumes brodés, portraits de toreros légendaires et affiches historiques. Des visites sont proposées en espagnol, anglais et d'autres langues selon les créneaux.
Accessibilité et services
Les arènes sont accessibles aux personnes à mobilité réduite grâce à des rampes et ascenseurs permettant d'accéder à l'arène, aux gradins et au musée. Signalez votre situation à l'entrée pour un parcours adapté. Les photos sont autorisées partout (sans flash dans le musée). Services disponibles : toilettes, boutique de souvenirs, panneaux explicatifs multilingues.
Conseils pratiques
Vérifiez le calendrier des corridas avant votre visite : les arènes sont fermées les jours de spectacle, surtout durant la Feria de Abril et l'été. Réservez en ligne en haute saison pour garantir votre créneau. La visite guidée, incluse dans le billet, est un véritable atout pour accéder aux coulisses et comprendre l'histoire du lieu. Combinez votre visite avec une balade le long du Guadalquivir : vous êtes à deux pas de la Torre del Oro au sud et du quartier de Triana en traversant le pont au nord.






